'Y a pas d'amour sans nuages. Tout comme y a pas d'éclair sans orage.'
On aurait simplement abandonné. Je t'aurais embrassé une dernière fois. Tu serais parti en me disant au revoir, comme d'habitude. Tu te serais peut-être retourné juste avant de disparaître, ou peut-être pas. Tu aurais disparu, tout simplement, et je serais restée là, et j'aurais sûrement pleuré, comme d'habitude. J'aurais déjà regretté de t'avoir laissé partir trop tôt, mais je n'aurais pas tenté de te faire revenir. Je serais rentrée en traînant les pieds, sans rien sentir, la vue à moitié brouillée, et le coeur peut-être en cendres. J'aurais ouvert la porte d'entrée machinalement, comme d'habitude, et je n'aurais même pas entendu le grincement de cette fichue porte. Je serais montée dans ma chambre, j'aurais fermé la porte sans réfléchir, et j'aurais pris le portable, je l'aurais serré dans ma main droite, comme d'habitude, en attendant un signe de toi. Tu n'aurais pas fait signe, j'en suis sûre, et j'aurais pleuré. Non pas parce que je me serais inquiétée, cette fois, mais parce que j'aurais su pourquoi. Et par fierté, par simple bêtise, je n'aurais pas fait signe non plus.
Le crédit durerait plus longtemps. Les journées seraient passées à côté des gens qu'on aime, les nuits commenceraient sans même un mot et on dormirait probablement aussi bien. Tu me manquerais beaucoup, je te manquerais peut-être, mais aucun des deux ne le saurait, et on se dirait que « c'est sûrement mieux comme ça ». La nuit, je rêverais de toi. Je me souviendrais de tout ce qu'on aura vécu ensemble, mais je n'oserais pas te dire que je t'aime encore. En me réveillant, je penserais encore à toi. Je penserais tout le temps à toi. Je me consolerais en me disant que tu auras été une de mes plus belles rencontres, et que ça, ça ne disparaît pas. Quand on se rencontrerait, on se dirait bonjour, comme d'habitude, mais tu ne m'embrasserais plus sur les lèvres. Tu sourierais, peut-être par politesse, ou par habitude, et je fondrais à tes pieds, comme avant, mais je ne te sauterais plus au cou. On ne se parlerait plus, on discuterait tout simplement. Ta voix me manquerait. Tu sentirais toujours aussi bon, mais je ne t'embrasserais plus près de l'oreille, parce que ça ne se fait pas. Je tomberais amoureuse de toi, comme avant, mais cette fois, j'éviterais. En écrivant, je penserais à toi. Je relirais tes lettres des centaines de fois, les unes après les autres, sans me lasser d'un seul mot. Je vivrais, bien sûr, mais pas autant qu'avec toi. Je sourierais aux personnes que j'aime, je pleurerais sur l'épaule de ma meilleure amie, ou dans mes oreillers. Et tu ne saurais rien de tout ça. Je ne saurais plus rien de tes bonheurs, de tes petits malheurs, je ne t'entendrais même plus prononcer mon nom. De ton côté, tu ferais ton chemin, je me passerais de tes nouvelles comme tu te passerais des miennes, on se dirait qu'on a tout oublié, tout effacé, tout simplement. Mais tout serait là. Je t'aimerais. Encore.
On a peut-être souffert, tous les deux. On souffre peut-être à ce moment-même.
Et on souffrira encore. Et puis encore. Mais vois-tu, je me fous des nuages, je me fous des orages.
Je ne refuse pas de pleurer, ni d'avoir mal. Mais je refuse de vivre sans toi.